La pensée française est-elle « design thinking » compatible ?

Publié le par neovenz

Pourquoi les français ne sont-ils plus capables de créer des produits qui font rêver le grand public ?

 

« C’est parce que les ingénieurs français sont complexés », explique Jean-Louis Frechin, dirigeant de l’agence de design numériques NoDesign et enseignant  à l’École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI). Et lorsqu’ils ne le sont pas – complexés-  ils s’en vont innover ailleurs, comme Jean-Marie Hullot, le génial père des derniers systèmes d’exploitation d’Apple.

 

Mais si les ingénieurs français sont complexés, ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas bons. Bien au contraire. Ils ont perdu le palisir de faire des produits. Et s’ils s’excusent de n’être que des « techos », ce serait à cause des « marketeux ». « Depuis les années 70, en France, le marketing à prix le pouvoir. Mais à force de faire ce que veulent les gens, on n’a plus rien à leur proposer de neuf, sauf du luxe et de la cuisine », précise Jean-Louis Frechin. Plus rien qui ne fasse rêver.

Pourtant le français Archos a bien sorti une superbe tablette multimédia, au look léché, bien avant Apple et bien en avance technologiquement sur  celles des taïwanais. Il lui manquait juste le rêve, la simplicité, le service… et l’écosystème.

 

« En France, nous sommes obsédés par l’ergonomie », tempête encore Jean-Louis Frechin.
Obsédé au point d’en oublier de faire des produits désirables.

 

« Les Allemands s’autocensurent encore plus que les Français ! » C’est par ce constat peu rassurant que s’est clos mon échange avec Véronique Hillen, enseignante en stratégie d’entreprises et innovation, responsable du département génie industriel de l’Ecole des Ponts ParisTech. La jeune femme a bien du mérite. Elle essaye depuis trois ans de convertir étudiants, designers et entreprises françaises à la pensée design, ou design thinking. L’initiative n’a rien d’une sinécure !

 

Née en Californie, et mis en pratique par l’agence Ideo, le design thinking consiste à faire réfléchir sur un sujet un groupe de 3 à 10 de personnes au profils très différents, (designer, sociologue, technicien, ergonome…) pour, après avoir cassé les préjugés, émettre des idées et les tester le plus vite possible pour arriver, de proche en proche, en itérant beaucoup mais sans rien s’interdire à priori, à un nouveau concept, produit, service. Une sorte de méthode d’innovation de rupture empirique. Pour mieux comprendre, référez-vous au livre « L’esprit Design, de Tim Browm, paru à la rentrée en version Française aux éditions Village Mondial.Mais revenons à la France. Véronique Hillen a décidé il y a deux ans de monter, à l’école des Ponts,  un programme de formation de la D. School /Institut du design de Stanford,  financée par l’ancien patron de SAP, Hasso Plattner, grand adepte du design thinking.

Tous les ans, elle sélectionne des groupes de trois étudiants, et trois designers, les plus ouverts d’esprit possible, pour travailler sur un « mandat » confié par un industriel français. Cette année, Thales,  EADS, Suez et le tandem Amplitude Télecom/INRS ont soumis des sujets. Elle a obtenu un espace de travail adapté, qui doit permettre de rompre plus facilement les codes, de 250 mètre carrés… quand les autres écoles participantes (en Allemagne, au Japon ou en Finlande en ont 2000 !

 

« C’est ça ton truc, une maternelle !» , lui ont lancé certains de ses confrères méprisants ! Ils ne croit pas si bien dire. Car c’est effectivement au niveau de la maternelle qu’il faudrait revenir pour apprendre à sortir d’une pensée cartésienne afin d’imagier le monde, et donc les objets, autrement. Certains français y arrivent quand même. Ainsi, l’année dernière, un groupe qui devait réfléchir à une bouteille d’eau développement durable… ont fini par proposer un système de fontaine, filtrante, avec carafe se remplissant par le fond, pour fournir l’équivalent de l’eau minéral, à la maison. Pas de bouteille donc. L’industriel était fort mari. Un professionnel de l’environnement, distributeur d’eau, pourrait en revanche exploiter l’idée.
 

 

Mais que le chemin est difficile. Véronique Hillen s’accroche, mais reconnait que le design thinking est loin d’être adapté à nos structures mentales, du moins celles de nos ingénieurs. Elle y croit pourtant. On la soutient.

 

Source : France Web global

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